• Strasbourg en 1644

    Quartier Halles-Tribunal du XV ème au XVII ème siècle

    Pendant plus de deux siècles, les murailles ne changèrent pas, pas plus que le Marais Vert, peu peuplé, qui gardait sa vocation agricole.

    On y trouvait un parc d’artillerie, un champ de tir, ainsi qu’un gibet où furent pendus certains criminels. Jusqu’en 1543, ceux-ci pouvaient, avant de monter à la potence, recevoir les derniers sacrement dans une petite chapelle située à proximité. Parc d’artillerie et champ de tir furent, à la suite d’un accident, l’un remplacé par la maison de l’équarrisseur -qui devint le “Hundshof” ou cour des Chiens-, l’autre transféré hors de la ville à l’emplacement actuel du Parc des Contades.

    Strasbourg 1493

    Strasbourg 1493

    Le Faubourg de Pierre, d’altitude un peu plus élevée que le Marais Vert, s’urbanisa plus rapidement. Aux exploitations maraichères qui en constituaient l’essentiel s’ajoutèrent de petites entreprises artisanales et des auberges attirant les passants, ceux ci venant du Nord de l’Alsace, entraient par la Porte de Pierre pour gagner le centre de la ville. Bon nombre de ces auberges ont laissé des traces dans les noms d’impasses qui autrefois les desservaient et dont certaines sont devenues des rues. Ainsi on trouve encore les impasses de Mai, du Louveteau et de la Pie, les rues des cigognes et du Chevreuil, la rue du Moineau devenue rue Gloxin et la rue Graumann, celle-ci portant le nom d’un ancien estaminet : Zum grauen Mann” -A l’homme gris. On se perd en suppositions sur l’origine de cette enseigne ; Pour Adolph Seyboth, l’homme gris pourrait bien être le diable. Mais il ne s’agit surement pas d’un sieur Graumann, comme l’ont cru des traducteurs peu informés lorsqu’il s’est agi de franciser les noms de rues.

    plan de strasbourg Schoepflin

    Plan de Schoepflin

    A l’est du quartier s’élevèrent également de nouveaux bâtiments serrés entre le Faubourg de Pierre et le Fossé des Treize qui longe le rempart de 1390. A l’ouest, en direction de l’actuelle rue de Sébastopol se créent les rues des Mineurs et de la Toussaint ainsi que vers le nord-est, l’amorce d’un chemin menant vers la léproserie, établie hors des murs de la ville à l’emplacement de l’actuel cimetière Sainte Hélène.

    A l’époque, on hésitait à désigner les lépreux par le nom de leur mal ; on les appelait les Bonnes Gens -die guten Leute- de sorte que cette voie devint la rue des Bonnes Gens.

    plan ville de Strasbourg en 1572

    plan de la ville en 1572

    Celle-ci jouxtait au sud une rue appelée Heimburgengasse du nom de la demeure d’un fonctionnaire chargé de recouvrer les dettes. A la fin du XVI ème siècle, elle devint Berherrengasse -littéralement rue du Maître de la Mine-, aujourd’hui rue des Mineurs. L’origine de ce nom vient de l’acquisition de tout son côté nord par un sieur Israël Munck qui avait fait fortune dans les mines d’argent de Sainte Marie aux Mines.

    Encore plus au sud, la rue de la Toussaint dont nous avons mentionné l’apparition vers la fin du XIII ème siècle, vit des bâtiments conventuels acquis en 1327 par Henri de Mullenheim, membre de la vieille famille patricienne qui, avec cette des Zorn, régna un temps sur Strasbourg. Lors de la Réforme, à laquelle la ville se convertit en 1529, l’église des moines de la Toussaint fut transformée en grenier à grain et ne retrouva sa destination de lieu de culte catholique qu’en 1685.

    Vestiges mur d'enceinte Strasbourg boulevard Wilson

    Vestiges mur d’enceinte boulevard Wilson

    Les maisons construites au sud de cette rue donnaient directement sur le fossé des Faux Remparts et il n’existait pas encore de quai. L’une des plus remarquable était une auberge, “Zum Bauerntanz”, dont l’enseigne montrait un groupe de paysans dansant au son des cornemuses. Elle se situait à l’angle des actuels quai Kléber et rue Sébastopol

    Ainsi le quartier évoluait lentement et en général assez paisiblement, si l’on veut bien faire abstraction des délits et violences qui constituaient le quotidien d’une ville de la Renaissance. Habité surtout de petites gens, il ressentait peu les remous politiques qui de temps en temps secouaient la ville libre d’Empire que restait Strasbourg. Protégée derrière ses murailles et forte de son artillerie mondialement connue, elle sut se maintenir à l’abri des horreurs que les guerres de Cent Ans (1329 à 1431) et de Trente Ans (1618 à 1648) répandirent sur les deux rives du Rhin.

    Bien sûr, pour gouverner, il fallait prévoir et les magistrats de la ville devaient veiller à l’entretien de leurs murailles. C’est ainsi qu’en 1576, il firent appel à Daniel Specklin qui dressa un plan d’amélioration des fortifications qui, notament du côté du Fossé des Treize, présentaient quelques faiblesses. Ce projet ne fut réalisé que petit à petit, et entraîna la création du bastion de la Finkmatt, sur l’emplacement duquel se dressent aujourd’hui le Tribunal et l’église catholique Saint Pierre le Jeune. Il fut achevé lorsqu’après la reddition de la ville à Louis XIV en 1681, Vauban le termina.