• vers strasbourg 1944

    Quartier halles tribunal pendant la guerre 39-45

    Début 1939, la population strasbourgeoise fut évacuée afin de laisser le champ libre aux armées.

    La guerre, la vraie, celle qui ne dura que de mai à juin, ne laissa que peu de traces dans notre quartier. Dans les maisons évacuées, le gel de l’hiver avait fait éclater quelques conduites d’eau et la destruction à l’explosif du pont de chemin de fer proche de la place de Haguenau avait endommagé quelques toitures et brisé de nombreuses vitres. Pour le reste, les habitants revenant chez eux purent retrouver leurs demeures comme ils les avaient quittées.

    Revue de troupes à Strasbourg, place de la gare (1940) source photo : Deutsches Bundesarchiv (German Federal Archive). O. Ang. crédit photo : D.R.

    Revue de troupes à Strasbourg, place de la gare (1940)
    source photo : Deutsches Bundesarchiv (German Federal Archive). O. Ang.
    crédit photo : D.R.

    Ils durent toutefois constater qu’on avait, très rapidement, enlevé toutes les inscriptions, toutes les enseignes, tous les panneaux de rue écrits en français, jusqu’aux petites plaques indiquant « gaz à tous les étages » ou colportage et mendicité interdits » qui avaient été barbouillées de noir. Il fallait, selon les nouveaux maîtres, « entwelschen », c’est à dire défranciser l’Alsace. Les administrations nazies, les bureaux du Parti s’installèrent un peu partout. Les occupants trouvèrent des alsaciens cupides ou avides de revanche pour instaurer autour de la population un réseau de surveillance policière qui allait faire régner un climat de silence et de crainte.

    La grande place, derrière la halle du marché, devint un lieu de rassemblement où s’attroupaient les centaines de « volontaires » et les quelques convertis forcés d’écouter les discours du Gauleiter et de ses acolytes.

    Synagogue de Strasbourg après l'incendie de 1940

    Synagogue de Strasbourg après l’incendie de 1940

    Dès le 12 septembre 1940, la grande Synagogue a été incendiée par des gamins de la Hitlerjugend et la ruine qui subsista fut rasée en novembre de l’année suivante. La communauté juive ne souffrit pas, dans l’immédiat, de cette mutilation. aucun de ses membres n’avait été autorisé à revenir à Strasbourg et les biens restés dans les appartements évacués aux alentours de la synagogue furent vendus aux enchères ou volés par les seigneurs du nouveau régime.

    hôpital militaire sous les halles de Strasbourg

    Hôpital Militaire souterrain de la Place des Halles. 1937.
    L’Hôpital militaire souterrain de la Place des Halles a été construit par les Français en 1937 et existe toujours sous les édifices de commerces, bureau x et logements du gigantesque chantier des années 1970.
    Il s’agît d’un ouvrage circulaire de 25M, utilisé comme poste de secours par l’armée allemande durant la Seconde Guerre Mondiale. Les trois accès disposaient de sas empêchant l’entrée de gaz asphyxiants.
    La salle d’opération se situe au centre du dispositif et les autres pièces sont situées concentriquement autour de l’axe

     

     

     

     

     

    Lors de l’intensification des bombardements sur les villes allemandes, on aménagea, sous la partie nord de la place des Halles, un hôpital de campagne souterrain dont les énormes murs et dalles de béton ont résisté jusqu’à nos jours. Bien que cet hôpital n’ait jamais servi, la guerre allait se faire sentir brutalement dans notre quartier. Le 25 septembre 1944, des bombardiers américains, qui, paraît-il, s’étaient trompé de cible, lancèrent sur Strasbourg un tapis de bombes qui allaient tuer plus de 500 personnes et endommager ou détruire plus de 5000 immeubles. Dans notre quartier, le Faubourg de Pierre, le Marais Vert et surtout le boulevard Wilson et ses abords furent touchés.

     Copyright (Baptiste RIVIERE) Date : 08/1944 Travaux de déblaiement Source : 40-45 Strasbourg bombardé (Livre)

    Copyright (Baptiste RIVIERE)
    Date : 08/1944
    Travaux de déblaiement
    Source : 40-45 Strasbourg bombardé (Livre)

    Notre quartier subit donc, comme toute la ville, comme toute notre province, les contraintes, les exactions et les misères causées par la guerre et l’occupation. Lorsque le 13 novembre 1944, les colonnes du Général Leclerc entrèrent dans la ville par la place de Haguenau, notre quartier fut le premier à être libéré sans trop s’en apercevoir. Les allemands, dont les mieux avertis avaient quitté la ville dès la veille, couraient encore dans l’avenue des Vosges alors que les chars libérateurs descendaient le Faubourg de Pierre. On ripailla quelque peu, incitant les habitants à gagner leurs caves. Et lorsqu’un camion de munitions explosa dans le boulevard Poincaré, il détruisit plusieurs immeubles, tuant quelques victimes qui n’avaient pas voulu se mettre à l’abri.

    Faubourg-pierre-23-novembre-1944-AQHT-Strasbourg

    Le 23 novembre 1944, l’entrée des chars de Leclerc par le Faubourg de Pierre

    Lorsque, vers le milieu de l’après-midi, on vit le drapeau français flotter sur la flèche de la cathédrales, tout le monde sortit des caves et les explosions de joie dominèrent celles des quelques combats qui s’éternisaient au sud de la ville. Bientôt fenêtres et balcons s’ornèrent des couleurs de la France au grand dam des quelques collaborateurs qui n’avaient pas fui, ces derniers crurent trouver leur revanche lorsque, le 3 janvier, les troupes américaines abandonnèrent l’Alsace. Mais Strasbourg fut défendue par la jeune et nouvelle armée française et tout rentra dans l’ordre.

    La vie se réorganisa rapidement. On déblaya les décombres, on construisit des abris provisoires et on lutta, grâce au bon vieux système d, contre la pénurie d’aliments, de matériaux de chauffage et de construction. bientôt les espaces vierges, naguère occupés par le tram et le gaz et non encore bâtis furent couverts de baraques remplaçant l’école St Jean et le lycée Kléber-Saint-Jean détruits par les bombes de septembre.

    Jean Georges WOLTERS