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    quartier halles tribunal et la guerre de 1870

    C’est la guerre franco-allemande de 1870 qui fit subir à notre quartier des transformations importantes. Elle marqua le début d’une époque d’expansion et de changements.

    Le conflit montra d’abord que la ville n’était plus protégée par son enceinte. Restées quasi inchangées depuis Vauban, les fortifications ne purent rien contre les canons prussiens qui, postés à plus de cinq kilomètres de la ville, la bombardèrent sans grands risques pour eux.

    Le siège fut dur pour Strasbourg, même si, contrairement à celui de Paris, il n’entraîna que peu de restrictions alimentaires. Les denrées renchérirent, mais ne manquèrent pas. Les souffrances vinrent donc surtout du bombardement qui dura du 15 aout au 27 septembre. En six semaines, 193 772 projectiles tombèrent sur la ville, causant d’énormes dégâts, dont notre quartier subit une bien grosse part.

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    L’artillerie de la garde sédentaire sur les remparts de la Porte de Pierre

    Dès le début de la guerre, au lendemain des batailles de Wissembourg et de Froeschwiller, la ville avait connu un afflux de troupes débandées. Elles aidèrent le commandant de la place, le général Uhrich, à constituer une armée de 22 000 hommes ; mais hétéroclite et manquant de cadres, elle n’eut qu’une efficacité réduite. En face d’elle, une armée wurtenbergo-badoise de 60 000 homme, commandée par le général von Werder, avait pris position.

    Dès le 8 août, une division badoise atteignit les villages au nord de la ville. Un émissaire vint sommer la place de se rendre. Au nom du général Uhrich, le colonel Ducasse opposa un refus catégorique. Le commandement allemand brandit la menace d’un bombardement, sans égard pour la population civile d’une cité qui, par son refus de se rendre, s’était constituée en place de guerre. Des batteries s’installèrent sur les collines de Hausbergen, d’autres tirèrent sur la Citadelle depuis la rive droite du Rhin.

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    La Porte de Pierre

    En hâte, le général Uhrich fit renfocer les fortifications, plantant des palissades, abattant des arbres et démolissant les constructions sommaires qui avec le temps avait encombré les glacis. Faute d’avoir été entrepris à temps -on ne voulait pas affoler la population – le travail ne put s’achever en raison du tir des assiégeants.

    Constatant l’inefficacité de ces mesures, les habitants de la ville et notamment ceux de notre quartier appliquèrent le vieux proverbe, “aide-toi et le ciel t’aidera”. Au Faubourg de Pierre, le brasseur Lipp créa un dépôt de pompes à incendie et de cuves d’eau animé par cent quarante volontaires civils. Constitués en sections d’une quinzaine d’hommes, ceux-ci étaient prêts à lutter contre le feu. L’occasion de se dévouer, hélas, ne leur manqua pas, pas plus qu’au corps officiel des sapeurs-pompiers qui occupaient le dépôt municipal de la rue Kageneck, à deux pas du Marais Vert.

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    quartier halles tribunal en 1870

    Dès le 13 août, un obus touchait la ville, tombant dans une cuisine du Marais Vert. Il causa peu de dégâts et heureusement, encore aucune victime, mais attira sur place de nombreux curieux. Dès le lendemain, la direction de l’usine à gaz vida les gazomètres de la rue des Bonnes Gens pour éviter tout risque d’explosion et l’éclairage de la ville ne fut plus assuré que par des moyens de fortune.

    Le bombardement devint massif à partir du 15 août. Le premier mort civil, tué le 16, fut un porteur de sacs de 47 ans, Joseph Ulrich. Dans la nuit du 26 au 27 août, un formidable incendie provoqué par les tirs ravagea le faubourg de pierre malgré les efforts des hommes du brasseur Lipp.

    Une sortie tentée le 2 septembre sous les ordres du colonel Fiévet essaya de dégager les rotondes du chemin de fer au nord de la porte de Saverne, mais elle n’empêcha pas les assiégeants de poursuivre leurs travaux d’approche. Tandis que le 6 septembre les obus détruisaient la caserne Finkmatt de fond en comble, les troupes de génie allemand traçaient une parallèle face à la porte de Pierre. Le 19, une brèche béante fut ouverte dans le rempart, à côté. Un assaut sanglant et inutile étant imminent, le général Uhrich se résolut à la capitulation après en avoir référé au maire Kuss et au préfet Valentin.

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    destruction porte de Pierre Strasbourg

    Au lendemain de la proclamation de la République, le 4 septembre, ces derniers avaient remplacé le maire Humann et le baron Pron. Les conditions de la reddition furent discutées avec le commandement ennemi et le 27 septembre, le drapeau blanc flotta sur la cathédrale endommagée.

    La réaction des Strasbourgeois fut mitigée. Beaucoup voyaient avec soulagement la fin de leurs épreuves. D’autres refusaient de croire à la défaite et se berçaient de vains espoirs grâce aux rumeurs qui circulaient. On entendit dire ainsi qu’une armée de secours arrivait à marche forcée par les Vosges et que le drapeau blanc sur la flèche annonçait la mort du pape.

    Mais il fallut bien se rendre à l’évidence. On compta les victimes, morts et blessés, au nombre de 4300 don 1800 civils et l’on déblaya les ruines. De notre quartier il ne restait que peu de maisons intactes. Environ 140 dont 66 dans le seul Faubourg de Pierre étaient entièrement détruites et les sans-abri se comptaient pas centaines.

    Aussitôt on se mit à l’ouvrage. dès le 30 septembre, l’administration civile, fortement contrôlée par les militaires vainqueurs, créa des groupes de déblayage. On organisa des secours pour les plus touchés et l’entraide joua à plein entre les citoyens.