• Strasbourg, carte postale 1920 Place république les trois coupoles

    Le quartier Halles Tribunal de 1914 à 1935

    Durant les cinquante et un mois que dura la première guerre mondiale, notre quartier ne subit aucun avatar important. Comme l’ensemble de la ville, il connut des mouvements de troupes, des passages de prisonniers, des restrictions alimentaires et quelques exactions policières à l’encontre de citoyens qui manifestaient trop fort leurs sentiments francophiles. Mais il n’y eut ni bombardement, ni destructions par fait de guerre.

    Strasbourg la synagogue et l'Ancienne gare en 1900

    La Synagogue et l’ancienne gare devenue marché couvert

    Le 22 novembre 1918, les armées victorieuses entrèrent en triomphe dans la ville redevenue française après quarante sept ans. Toutefois, elles entrèrent par la Porte Blanche et non, comme autrefois le roi Louis XV par la Porte de Saverne. Notre quartier fut ainsi privé du défilé triomphal que les Strasbourgeois ménagèrent à ceux qu’on appelait alors “les Poilus”.

    Sous la magistrature de Jacques Peirotes, élu maire de Strasbourg le 10 décembre 1918 et qui le resta jusqu’en 1929, le quartier continua à suivre son train-train sans guère évoluer. La ville avait bien entrepris de grands travaux, on construisit logements sociaux, hôpital et port autonome, mais cela se passait au sud et à l’est de l’agglomération. De notre côté, les remparts de 1871 restèrent en place. Seules, les portes de Pierre et de Saverne furent démolies pour améliorer l’accès aux faubourgs.

    Le marché couvert, installé dans la halle de l’ancienne gare, le dépôt de la C.T.S. et les terrains du Gaz de Strasbourg demeuraient les principaux occupants de l’ancien Marais Vert, tandis que commerces de gros et petites industries de transformation poursuivaient leurs activités au nord du boulevard Wilson et de la rue de Wissembourg.

    Siège Gaz de strasbourg en 1935

    Place clément : le siège du Gaz de Strasbourg en 1935 avec, à ses cotés, le bâtiment de l’ administration de l’ ancienne usine.
    Source : Archives de la ville et de l’Eurométropole (Bibliothèque)
    Cote Archives de Strasbourg : 1Fi35

    Ce n’est que dans les années 1930 que se produisirent de nouveaux changements. Le Gaz, qui avait transféré ses fours et gazomètres sur la route du Rhin, construisit son nouveau siège sur son terrain, au bord de la place clément qu’il domine encore de nos jours de sa façade à redents. La C.T.S., de son côté, restitua à la ville les terrains qui avaient été mis à sa  disposition. Dès 1931, elle quitta son siège de la rue de Bouxwiller et s’installa dans un bâtiment neuf édifié à Cronembourg à côté de son nouveau dépôt. Les rails disparurent des rues Friesé, des bonnes gens et du chevreuil.

    1877 création de la CTS Strasbourg

    Les bureaux de la CTS

    La conjoncture économique étant favorable au bâtiment entre 1930 et 1935, on vit s’élever de beaux immeubles locatifs autour d’une nouvelle voie créée entre la place de Haguenau et la rue de Sébastopol. Elle fut baptisée rue du Travail, car la municipalité dirigée depuis 1935 par un maire communiste, Charles Hueber, y fit bâtir l’Office du Travail qui devait lutter contre le chômage en régularisant le marché de l’emploi. Cette décision provoqua quelques protestations dans le quartier, car l’on craignait d’y voir accourir clochards et individus sans foi ni loi prêts à toucher les indemnités de chômage. Les anciens du quartier se souviennent des files d’attente de chômeurs qui chaque jour se pressaient devant les bureaux pour faire tamponner (stempfle) leur carte de demandeur d’emploi. Mais il n’y eut aucune recrudescence de la délinquance et les angoissés en furent pour leur peur.

    Malgré les constructions nouvelles, de vastes espaces restèrent vierges autour des voies créées, ainsi, à droite et à gauche des rues de Bouxwiller et d’Ingwiller, dont seuls les angles furent bâtis. entre ces deux rues on conserva le massif soubassement de béton qui avait entouré un gazomètre, sans doute aurait-il été trop coûteux de le démolir. Pour les gamins du quartier, il devint terrain de jeux, servant tour à tour de château-fort, d’arène de Rome ou de massif alpin. Le marché était florissant sous l’ancienne halle de gare et débordait deux fois par semaine sur ses abords extérieurs. Bonnetiers ambulants, brocanteurs et bouquinistes prenaient alors possession du quai Kléber et de la vaste place derrière les halles.

    tramway ligne Ottrott Strasbourg 1930

    Le tramway de la ligne d’Ottrott en 1930 entre les Halles et la Synagogue

    A l’ouest de celle-ci s’arrêtaient les tramways suburbains qui relaient la ville à Ottrott, Westhoffen et Truchtersheim. Des wagons de marchandises, poussés par un tracteur et précédés d’un employé agitant un drapeau rouge, venaient depuis le réseau de chemin de fer desservir les commerces de gros qui alimentaient le marché et les établissements industriels de la rue des Magasins. Celle-ci conserva jusqu’après la deuxième guerre les plaques tournantes qui faisaient communiquer les rails avec les immeubles.

    Dès 1936, la montée du nazisme en Allemagne et la menace de la guerre que l’on sentait venir allaient à nouveau freiner l’expansion du quartier. Quelques juifs, chassés de leur patrie d’Outre-Rhin, s’en vinrent rejoindre leur coreligionnaires qui logeaient aux alentours de la grande Synagogue.

    Bientôt, toute activité allait cesser : début 1939, la population strasbourgeoise fut évacuée afin de laisser le champ libre aux armées dont on attendait qu’elles se livrent à une guerre de positions entre la Ligne Maginot et la Ligne Siegfried, de part et d’autre du Rhin. Comme toute la ville, comme une grande partie de la plaine d’Alsace, notre quartier s’endormit pour un long et rude hiver. Il n’allait se réveiller qu’en juin 1940, mais ce fut pour sombrer aussitôt dans le cauchemar de l’annexion nazie.

    Mr. WOLTERS pour la Gazette de l’AQHT 1998 à 2000